Petit précis sur l'Argentine contemporaine
Poursuivons notre parcours politico-historique de l'Amérique...Aujourd'hui, place à l'Argentine, 2ème pays le plus vaste d'Amérique du Sud qui vient d'élire une femme à sa tête (une révolution à ce quil paraît, au vu du degré de machisme d'ici). Cristina Kirschner devient la deuxième femme à accéder au plus haut poste de l'Etat au sein du continent sud-américain (la première étant Michelle Bachelet au Chili).
L'Argentine d'aujourd'hui est un pays jeune, énergique, dans le mouvement. Pourtant, l'histoire moderne du pays est une succession de cataclysmes. Les relents de la dictature militaire sont encore présents, tout comme ceux de la crise monétaire de 2001-2002. Voici quelques clefs de compréhension de l'Argentine d'aujourd'hui.
L'Argentine sous le général Péron (1946-1955) est l'ère bénie des ouvriers. Péron soutient la consolidation de la CGT argentine, et introduit une batterie de mesures en faveur des "travailleurs": congés payés, minimum salarial, assurance médicale obligatoire...La célèbre épouse du président, Eva Péron, conquiert les coeurs de milliers d'ouvriers en menant des projets sociaux à travers sa fondation. Toutefois, Péron contrôle d'une main de fer les organisations ouvrières et étouffe parfois durement l'opposition. Les propriétaires terriens et l'Eglise sont les principaux détracteurs de Péron: les premiers ne supportent pas vraiment l'augmentation des impôts de la terre qui sert à financer les programmes sociaux ouvriers, la seconde se trouve concurrencée dans son rôle de bienfaiteur social par le maternalisme d'Evita.
Péron est renversé par un coup d'Etat militaire. Dès après son exil, une politique de destruction des symboles liés au péronisme est enclenchée, tellement poussée que l'on ira jusqu'à voler le corps de la défunte Evita!
Eva Peron
S'ensuit une période trouble (1955-1976), encore l'objet de recherches d'historiens...J'évite donc de trop m'avancer sur le sujet.
1976-1983: l'ère noire de la dictature militaire. Entre 10.000 et 30.000 personnes sont enlevées (l'ennemi de l'époque est la "subversion" intérieure: les militants de gauche, les jeunes...) et ces disparus continuent encore aujourd'hui à mobiliser les fameuses Mères de la Place de Mai.
Elles bravaient les policiers en organisant des marches de protestation devant le palais présidentiel. Aujourd'hui, elles sont constituées en association des plus actives, abritant une université et une librairie. Leur symbole - un foulard noué - est le poing levé argentin.
Logo de l'association des Mères de Disparus
En décembre 2001, dernier soubresaut en date de la politique argentine, les concerts de casserole dans la rue. Non, les Argentins ne sont pas des experts de musique expérimentale, il s'agit de leur façon de protester contre le gel des avoirs par les banques argentines, suite à la grave crise économique que traverse le pays. Le président De La Rua proclame l'état de d'urgence, en invoquant le risque représenté par les fauteurs de troubles qui profiteraient de la situation pour déstabiliser le pays. Près de 35 manifestants sont tués par les forces de l'ordre. C'en est trop, les Argentins redoublent d'ardeur manifestante et réclament la démission de "tous les politiques". De La Rua est contraint d'abandonner ses fonctions.
Les rues ici portent encore les stigmates de ces crises récentes. Les événements qu'un Argentin de 25 ans a vécu sont difficiles à imaginer de notre tour d'ivoire européenne. Plus qu'autre chose, ce qui est impressionne ici, c'est une formidable capacité, un vrai talent national: savoir rebondir.


